En entrevue pour le journal Forum de l'Université de Montréal, le professeur, économiste et ex-ministre Rodrigue Tremblay me confiait que l'ouvrage qu'il vient de publier, Le code pour une éthique globale, vers une civilisation humaniste (Liber, 2009), avait pour origine la conférence qu'il a prononcée lorsque le Mouvement laïque québécois lui a décerné le prix Condorcet 2004. «J'avais alors formulé dix commandements pour un humanisme rationnel et j'ai continué de développer le sujet», a-t-il indiqué.
Si le chiffre dix n'est pas sans rappeler le décalogue, là s'arrête toute comparaison avec la religion. Le code Tremblay est essentiellement humaniste et se définit par opposition aux morales religieuses. La nouveauté de l'approche est de faire reposer, du moins en partie, les problèmes politiques et économiques tels les guerres, les génocides, la surpopulation et les pandémies, sur des causes morales. «Ce sont des problèmes globaux qui exigent une solution globale reposant sur une morale globale», affirme l'économiste.
S'il reconnaît la contribution des religions au développement des civilisations, Rodrigue Tremblay estime par contre que «les concepts moraux tirés de la pensée religieuse moyenâgeuse sont fondamentalement inadéquats pour les temps modernes, alors que le monde est de plus en plus en plus intégré et interdépendant, que la planète semble se rétrécir et que les problèmes planétaires requièrent des solutions planétaires, écrit-il. De tels codes moraux relèvent d'une autre époque, quand l'horizon géographique des regroupements humains était bien circonscrit et quand les règles morales de survie étaient plus rudimentaires et plus cruelles.»
Il reproche notamment à ces codes traditionnels leur position ethnocentriste axée sur la morale du groupe ainsi que ce que l'on pourrait appeler une «éthique à deux vitesses» selon que la morale concerne l'individu ou le pouvoir politique; la combinaison de ces deux éléments conduit inévitablement aux affrontements. «Il n'y a pas de science ethnique, mais chaque ethnie a par contre son code moral; il faut tendre à ce que la morale soit aussi universelle que la science, affirme t-il.
Les principes que propose le professeur sont ceux de la dignité et de l'égalité, du respect de la vie, de la tolérance et de l'ouverture d'esprit, du partage, de l'anti exploitation, de la raison, de l'écologie, de la paix, de la démocratie et de l'éducation. Plus spécifiquement, il cherche à compléter la règle d'or de tous les codes d'éthique - traiter les autres comme on voudrait être traité - en y ajoutant le principe d'empathie qui est «la capacité de se mettre à la place des autres et à agir en conséquence.
Au niveau des structures politiques, l'économiste propose un système constitutionnel mondial dont les membres, contrairement aux ambassadeurs onusiens, seraient élus au niveau national. «L'organisation mondiale à faire pourrait être à l'image du Parlement européen.» Cette organisation devrait assurer une meilleure gouvernance mondiale et disposer de pouvoirs exécutoires qui s'appliquent à toutes les nations, quelles que soient leur taille et leur influence.
Un tel programme est-il réaliste? «L'humanisme n'est pas une utopie, répond Rodrigue Tremblay. Il peut être développé avec un peu de bonne volonté et un système d'éducation qui inculquerait aux enfants du monde entier les grands principes du code de l'éthique globale.»
La réflexion de Rodrigue Tremblay a reçu un hommage élogieux de la part de Paul Kurtz, président-fondateur du Council for Secular Humanism et instigateur du Humanist Manifesto 2000, qui signe la préface. -Un livre à lire qui vient à point nommé.
Daniel Baril est l'auteur du livre La Grande Illusion, Comment la sélection naturelle a créé l'idée de Dieu, MultiMondes, 2006.