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Frères de sang: de Cotroni à Mom Boucher (French) Paperback – Sep 2002


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Paperback, Sep 2002
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Les nostalgiques y trouvent leur compte, cependant que les plus jeunes auront un aperçu de la petite histoire de la pègre. -- André Cédilot, La Presse

Excerpt. © Reprinted by permission. All rights reserved.

Le pire danger à avoir menacé Vic Cotroni et Paolo Violi au milieu des années 1970 n’était pas Nick Rizzuto, ni les motards canadiens-français, mais Bob Wilson, un type à lunettes d’apparence insignifiante, propriétaire d’une petite entreprise d’électronique. Wilson s’était présenté à Violi après que celui-ci eût annoncé qu’il souhaitait louer l’appartement au dessus de son café. Violi, qui faisait fortune grâce à l’extorsion , aux délits d’initiés et à la crème glacée, ne s’était pas tout à fait affranchi de sa jeunesse miséreuse dans les collines de Calabre. Il pouvait difficilement laisser passer une occasion de faire de l’argent, ne fût-ce qu’un infime montant.

Quand Wilson s’était présenté au comptoir pour répondre à l’annonce, accompagné d’une jolie blonde, toute la salle s’était immobilisée pour les observer. Réaction attribuable à une méfiance naturelle à l’égard des étrangers, mais aussi face à l’apparence de la jeune femme. Violi se cala derrière le bar, à l’instar d’un bouddha flanqué de ses conseillers. Installés à une table, les nouveaux venus commencèrent à marchander le prix de l’appartement. Violi ne participa directement à la discussion, une tierce personne étant chargée de transmettre offres et contre-offres aux protagonistes. Le couple ne savait visiblement pas à qui il avait affaire. Il ne craignait pas d’argumenter. Il devait pourtant avoir remarqué le regard perçant de Violi et la déférence dont faisait montre son entourage. Enfin, on arriva à un compromis : le loyer serait de 125$ par mois.

Longtemps chaque fois que Wilson traversait la gelateria, les voix se faisaient discrètes. On le suivait lourdement du regard. On pouvait alors entendre voler une mouche. Deux ans plus tard, une occasion se présenta qui permettrait de réchauffer un peu l’atmosphère. Il était 18 heures ce soir-là. Wilson avait faim. Il s’arrêta à la pizzeria du coin.

- Eh! Wilson, viens ici, lança quelqu’un dans la salle.

C’était Violi. En compagnie de deux gardes du corps, il savourait une pizza avec une bouteille de vin.

- Ah monsieur Violi. Comment allez-vous?

- Viens approche.

- J’arrive. Je me commande une pizza.

- Viens, je te dis!

Wilson obéit, ayant remarqué que son propriétaire était un peu éméché et, pour une fois, loquace. […]

- Tu sais ce que j’aime chez toi? Tu fourres pas ton nez partout. Tu ne traînes pas dans mon café à te demander ce qui se passe. Puis tu travailles fort. Je me suis renseigné, t’es régulier.

Wilson se leva de table et alla chercher sa pizza. Violi ne se doutait pas que Bob Wilson était en réalité Bob Menard, un agent d’infiltration de la police de Montréal qui avait mis son quartier général sous écoute. Au cours de sa carrière, Menard aurait acquis 17 personnalités distinctes et essuyé trois décharges de fusil à courte distance, avec les souvenirs que cela laisse.

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