(…) cest mon histoire, la seule que jaie, alors je la raconterai comme il me plaît, et pas autrement(…) je suis parfaitement en droit de divaguer. Et il ne sen prive pas, Barney Panofsky. À 67 ans, aux prises avec une mémoire défaillante et un corps délabré, il plonge dans cette pagaille que fut sa vie pour répondre aux venimeuses calomnies colportées dans lautobiographie dun ami de jeunesse.
Baroudeur aigri, Barney, né dans le quartier juif et pauvre de Montréal – comme Mordecai Richler – est devenu riche en produisant de la bouillabaisse télévisuelle. Au cours de ses insomnies, il se rappelle ses années de jeunesse à Paris, son premier mariage avec une poétesse devenue, après son suicide, une icône féministe, son retour à Montréal où il épouse une princesse juive, sa rencontre avec Miriam qui sera la femme de sa vie, la mère de ses trois enfants et quil perdra par sa très grande faute. Sans oublier lénigme qui plane sur tout le roman, soit la disparition de son meilleur ami dans des circonstances troubles.
Dans cet ultime roman, qui a remporté le prix Giller, Mordecai Richler, disparu en 2001, ressasse ses obsessions de toujours : le nationalisme québécois, larrivisme de certains de ses coreligionnaires, la rectitude politique des Wasps. Il exalte aussi la littérature, le hockey, les virées avec les copains, lamour fou et lémerveillement devant ses enfants. Cynique, démuni devant le déclin annoncé, le vieux grincheux manie lautodérision avec un art consommé et crée un personnage aussi insupportable quattachant
Il nest malheureusement pas venu à lesprit du traducteur parisien quen français, street se dit rue et story, histoire. La traduction, truffée de Crescent Street, Sherbrooke Street West et autres incongruités, frôle par moments le ridicule. --Monique Roy
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