Que voilà un titre d'oeuvre poétique pour le moins audacieux! Cela prend un certain courage pour associer ces deux termes (mal et divinité), quasi antinomiques dans notre société judéo-chrétienne. Une telle association pourrait facilement relever du scandale dans l'esprit de plusieurs. Et pourtant, c'est le titre qu'a choisi Francine Minville, poétesse de la lignée des Lautréamont et William Blake par les thèmes qu'elle traite, pour son deuxième opus poétique.
Déjà, dans le champ littéraire québécois, l'?uvre de Francine Minville trace et creuse un sillon particulier. Il s'agit d'une ?uvre que j'oserais qualifier d'initiatique en ce sens qu'elle nous introduit, poème après poème, à un autre monde, à une dimension intérieure plus sombre, presque interdite, qu'elle nous ouvre une porte sur un espace vertigineux habité par une certaine démence.
Comme dans son précédent recueil, Francine Minville prend fait et cause contre les souffrances humaines et appelle à « rendre justice selon nos lois / Envers et contre tous ». Mais la poétesse se bute à une certaine fatalité. C'est ce qui lui fait lancer ce cri : « Laissez-moi mourir ».
La poésie de Francine Minville est obscure, sombre mais attentive aussi à la vie puisque comme le dit si bien Hélène Ouvrard, « au fond, tout le mystère de la poésie est d'être attentif au monde ». Dans l'?uvre de Francine Minville, on sent passer le souffle puissant des détresses qui s'acharnent sur les êtres humains, des mensonges qu'on leur fait gober en retour d'une piteuse espérance. Alors on y entend gronder, de temps à autre, une immense révolte qui la fait invoquer celui qu'elle nomme « Lucem Ferre ».
Je vous invite à la rencontre d'une auteure malgré tout lumineuse, de cette lumière qui finit par jaillir du plus profond de la souffrance et des ténèbres.
SERGE BAGUIDY-GILBERT, m.a.Th