Robert Muchembled propose, au travers de récits de procès, le plus souvent scabreux, cruels et touchants, de restituer la place des femmes au temps de la reine Margot. En cette époque qui marque l’émergence de la notion de moi et de sujet, les femmes n’ont guère le choix qu’entre la soumission et la transgression. C’est lorsqu’elles optent pour la rébellion et qu’elles sont jugées que l’on mesure à quel point il leur était difficile de s’affranchir de la tutelle et de la domination masculines. Cependant, la passion, charnelle, amoureuse et sexuelle, est le moyen qu’elles inventent pour dépasser leur condition et contourner le poids des autorités religieuses et politiques, au risque de leur vie. Ce sont ces passions de femmes et le récit qui en est fait dans les annales judiciaires (les femmes adultères, les célibataires amoureuses, les nonnes déviantes et les prostituées étant toutes passibles de peines lourdes, voire de peine de mort) qui constituent l’objet de l’ouvrage. Ces récits sont révélateurs de ce que pouvait être la vie des femmes au XVI et XVIIe siècles, dans une période de guerres de religions et de chasses aux sorcières. Chacun de ces récits est touchant, car il dévoile l’intimité des femmes, leur volonté de s’affranchir, d’aimer et de s’exprimer librement.