De passage au Québec du 18 au 23 août à l''occasion du séminaire sur "Violences de la réussite, violences de l''échec". Le retour du « sujet », cet individu qui veut être lui-même, autonome et auteur de sa vie est l’idéologie de la société hypermoderne. Face à l’éclatement du social, de la famille, des institutions, face à la crise du travail, du politique, de la religion, on a trouvé un recours : le sujet qui serait le créateur de son existence, le producteur de la société, l’ultime source de sens et l’ultime solution à tout ce qui laisse la société et la politique dans l’impuissance. Jamais il n’a été plus important de comprendre comment l’individu né dans l’assujettissement le plus complet (à sa famille, à sa culture, son milieu social) peut devenir ce « sujet» libre dont on exige tant. Le débat commun sur la question est souvent enfermé dans l’opposition entre le mythe du sujet auto-construit et la doctrine du déterminisme social des individus, entre une explication psychologique de l’être et une explication sociologique. D’autres livres compliqués ont abordé la question. Celui de Gaulejac a le mérite d’offrir, avec une étonnante clarté, un parcours passionnant à travers les diverses approches du sujet (philosophiques, psychologiques et sociologiques). Il dessine les contours d’un être humain unifié, où psychique et social interagissent au lieu de s’opposer, où les déterminismes sociaux sont aussi les ingrédients de l’autonomie. On ne naît pas sujet, on le devient ; mais pas tout seul.