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"Pas de musique le long de mes vers !" Cette injonction sifflante de Victor Hugo, Giuseppe Verdi n'en eut que faire au moment de s'attaquer à
Hernani ou au
Roi s'amuse, devenu sous sa plume
Rigoletto. Drame humain s'il en est, première oeuvre de la "trilogie populaire",
Rigoletto n'était pourtant aux yeux de Verdi " qu'une suite d'airs, de duos, et rien d'autre ". La vision qu'en offre Rafael Kubelik est tranchante, incisive, dramatiquement forte, sans pour autant renoncer à l'italianità de la partition : un
Rigoletto qui sonne juste et rond. Les deux têtes d'affiche, l'angélique Renata Scotto dessinant la tessiture idéale de la jeune vierge Gilda, et le duc de Mantoue aux accents nobles et châtiés de Carlo Bergonzi, donnent la réplique au Rigoletto surprenant de Fischer-Dieskau, plus attentif au texte et aux nuances qu'à la couleur vocale appropriée. Bouffon, souffrant et humain, il est le plus bouleversant de tous.
--Pierre Massé