5.0 out of 5 stars
Autteur génial, May 20 2005
By Beatrice - Published on Amazon.com
This review is from: SANS SANG (Paperback)
Un petit roman en deux parties qui nous tient en haleine par la violence omniprésente de la première partie et le suspens de la deuxième où un dialogue semble osciller entre amour et haine, vengeance et pardon.
La scène de la première partie est rapidement posée: quatre hommes en Mercedes se rendent dans une ferme isolée pour exécuter un homme qui vit là avec ses deux enfants. L'homme en question, Roca, dont on apprendra qu'il a été un bourreau pendant la guerre a le temps de cacher sa petite fille, Nina, sous une trappe avant de se faire descendre dans une souffrance terrible et de voir son fils haché par les balles d'un fusil-mitrailleur. Nina reste cachée sans comprendre ce qui se passe et sans saisir cette atmosphère qui ressemble a un réglement de compte mafieux. Avant de s'enfuir de la ferme, à laquelle l'un des hommes mettra le feu, un autre, surnommé Tito découvre la petite fille. Il pointe un revolver sur elle, mais en croisant le regard de cet enfant recroquevillé tel un animal dans sa tannière, il décide de refermer la trappe: "cette petite fille si bien rangée et propre lui a procuré une paix (si) soudaine" qu'il décide de ne rien dire aux deux autres soldats qui ont participé au carnage.
50 ans après, Nina va retrouver Tito devenu vendeur de billet de loterie. Tito, cet homme qui à l'âge de 20 ans a tué son père, en "bon soldat" parce qu'il le fallait au nom d'une guerre qui donnait à ces hommes l'illusion d'un monde meilleur. La seconde partie relate cette rencontre, cette confrontation entre Nina et Tito, tous les deux des vieillards mais dont les années n'ont pas atténué la mémoire de la violence de évènements, ni permis à Nina de comprendre pourquoi on a tué son père magnifique. A travers un dialogue interrompu de silences, Nina et Tito essaient de saisir chacun leur propre vérité et c'est sans sang que Nina parviendra à surmonter sa haine et pardonner à Tito. "Alors elle pensa que, même si la vie est incompréhensible, nous la traversons probablement avec le seul désir de revenir à l'enfer qui nous a engendré, et d'y habiter auprès de qui, un jour, de cet enfer, nous a sauvé. Elle essaya de se demander d'où venait cette absurde fidélité à l'horreur, mais elle s'aperçut qu'elle n'avait pas de réponse. Elle comprenait seulement que rien n'est plus fort que cet instinct de revenir là où on nous a brisé, et de répéter cet instant pendant des années. En pensant seulement que ce qui nous a sauvé une fois pourra nous sauver à jamais..."' et elle s'endormira avec Tito, son front posé contre son dos, dans une chambre d'hôtel.
A. Baricco pose des questions graves dans ce court roman, comment vivre avec la haine, comment vivre quand on a connu la guerre, pourquoi passer sa vie à chercher un homme qui vous a sauvé mais qui vous a aussi condamné? ce sont ces sujets qui sont posés dans ce petit livre fabuleux où l'écriture est exacte, précise, simple, déterminée mais aussi, juste et vraie.