La plupart des "Titan" se ressemblent en apparence, en raison de la personnalité rythmique et mélodique de la plupart des mouvements, mais c'est évidemment une illusion : qu'on compare ce qu'en fait Pierre Boulez avec le dernier enregistrement de Bruno Walter. Ce qui est certain, c'est qu'on ne dira pas que le disque de Jascha Horenstein, gravé en 1969 pour le petit label Unicorn avec l'Orchestre Symphonique de Londres, est semblable aux autres. Version légendaire, elle a été, ce qui se comprend, beaucoup moins bien distribuée que d'autres. Maintenant Internet et notamment Amazon rendent l'accès à cet enregistrement moins problématique.
Dès le début on remarque la netteté et l'autorité de l'articulation, la clarté des plans, la progression du discours, le soin avec lequel les gradations sont ménagées, la précision, la mise en valeur des timbres, avec toutefois beaucoup moins de froideur que dans d'autres disques de Horenstein, ou, pour parler de cette Première Symphonie de Mahler, que chez Karel Ancerl. Si l'on n'écoute que cette version, on a surtout le sentiment d'une lecture parfaitement classique de la partition, tenue et surtout retenue d'une main de fer; mais dans une écoute comparée, même avec un enregistrement aussi personnel que le concert de Mitropoulos au Carnegie Hall en 1960, on est frappé au contraire par l'extraordinaire originalité des phrasés d'Horenstein, probablement unique dans la discographie.