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Pour quantité de lecteurs, le nom de Milan Kundera est synonyme denvoûtement. Les raisons de cet engouement ne sont pas ce qui intéresse demblée François Ricard, auteur du
Dernier Après-midi dAgnès. Pourtant, son analyse en dit long sur ce qui bouleverse et séduit dans lœuvre de lauteur de
LInsoutenable Légèreté de lêtre.
Professeur de littérature française à lUniversité McGill, à Montréal, auteur de plusieurs essais dont lincontournable Génération lyrique, François Ricard considère lœuvre de Kundera comme lune des plus parfaites et des plus précieuses de notre temps. Il sinspire dun épisode de LImmortalité pour examiner dans cet essai sémillant lensemble de la production romanesque de lauteur tchèque, son unité thématique, son mode discursif, son recours à la structure polyphonique. Kundera, soutient Ricard, réinvente lart du roman, le dégage de ses chaînes et de ses automatismes. Chez lui, rien nest exclu, doù les nombreuses digressions dessayiste, les analyses historiques, les récits intellectuels qui prennent souvent la forme de méditations personnelles.
Mais surtout Kundera a inventé un personnage, celui de lexilé de lintérieur, quil a doté de caractéristiques tellement justes quen lisant Le Dernier Après-midi dAgnès (non plus lessai mais le passage de LImmortalité qui la inspiré), le lecteur abasourdi peut sexclamer : Agnès, cest moi ! Car si le romancier est vraiment, comme le prétend Ricard, le découvreur dun territoire de lexistence jusque-là inexploré, cest grâce à ces personnages qui, comme Agnès, cherchent à être délivré de leur obligation de vivre. Le bonheur chez Kundera ne survient en effet quau moment où lêtre consent enfin à ne plus soccuper de son moi. Là réside son repos et notre envoûtement. --Hélène de Billy