Chronique amazon.fr
«Quelque chose entre le concerto, la symphonie et la grande sonate.» C'est ainsi que Schumann définissait son
Concerto pour piano, le seul qu'il ait écrit. Il est vrai qu'il s'agit d'une sorte de poème fougueux, délibérément romantique mais avec des vertiges intérieurs où le piano entraîne tout dans le sillage des vastes courbes mélodiques qu'il déploie. C'est dire ce qu'il exige du soliste. Maria Joao Pirès est exactement l'interprète qu'il faut à cette oeuvre parce qu'elle est d'abord poète et que la poésie est l'essence même de l'écriture schumanienne. L'affetuoso du premier mouvement, le grazioso du deuxième, elle les possède au plus haut point. Souple autant que tendre, son piano sait chanter avec expressivité, ouvrir des perspectives sur ces vertiges intérieurs, tout au long à l'oeuvre. Il sait aussi admirablement se marier aux sonorités aussi légères que fruitées (le hautbois et tous les bois) de l'orchestre de chambre d'Europe, dirigé dans une connivence parfaite avec la pianiste par Claudio Abbado. Et de l'intermezzo tendre et intime aux éclats passionnés du finale, c'est une interprétation renouvelée, "chantée", de ce beau concerto qu'on découvre là. Le disque contient un autre joyau, le
Quintette avec piano, d'un lyrisme plus éclatant, soulevé par une passion qui semble se communiquer d'un interprète à l'autre, de Maria Joao Pirès à Augstin Dumay ou de Renaud Capuçon à Gérard Caussé ou Jian Wang. Le romantisme à l'état pur.
-- Alain Duault