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Cette première discographique de l'opéra romantique
Henry Clifford s'inscrit dans une démarche de réhabilitation de l'uvre d'Isaac Albeniz, dont la suite
Iberia occulte la majeure partie de la production. Dans la lignée de
Merlin, le chef d'orchestre José De Eusebio s'attelle à la reconstruction de cet ouvrage lyrique de belle facture, qui nous permet d'affiner notre perception d'un compositeur quelque peu enfermé par les carcans de l'histoire musicale. En tant qu'interprète passionné, soucieux de transmettre sa vision délibérément objective et nécessairement subjective, le chef espagnol se bat contre les idées reçues qui cataloguent Isaac Albeniz comme un piètre orchestrateur, maladroit dans son écriture vocale et incapable de soutenir une structure musicale d'envergure. La renaissance des orchestrations originales nous dévoile un compositeur épanoui à l'intérieur du schéma orchestral, même s'il cède çà et là à la tentation d'en rajouter dans l'opulence sonore et "l'exotisme" instrumental. Ouvertement influencé par l'opéra wagnérien, le compositeur se cherche encore dans cet opéra rédigé en anglais, dans la foulée de son voyage londonien, mais le romantisme médiéval du livret de Francis Burdett Money-Coutts lui sert avant tout de terrain expérimental, et de tremplin vers une aspiration lyrique de plus en plus ambitieuse.
Henry Clifford préfigure, par son orchestration puissamment dramatique et sa finesse mélodique, sa continuité formelle qui soude chacun des trois actes en une seule expérience condensée, son amplitude chorale et sa complexité vocale, son lyrisme exacerbé et sa matière orchestrale foisonnante. Il fait en quelque sorte le pont entre Richard Wagner et Giuseppe Verdi, même si l'ombre du premier le prive encore d'une véritable personnalité. Animé avec conviction par des interprètes rompus à ses difficultés,
Henry Clifford jouit sous la baguette militante de José De Eusebio d'une juste renaissance.
--Jean-Christophe Arlon